



Le cœur de pierre n’est plus.
Projet photographique
Elles arrivent.
Flottantes et virevoltantes,
Lumineuses,
Tel un esprit bienfaisant.
Elles tournent,
Laissant sur leur passage quelques grains de poussière.
Etincelantes,
Elles brillent.
Et nous emmènent avec leurs ailes
Tout là-haut.
Ce lieu et cet état
Si particulier
Où le sens des choses devient lumière.
J’ai ramassé une pierre qui possédait deux trous en façade. Ces trous réguliers sont devenus des yeux. Lorsque je regardais la mer à travers, ils se mirent à vivre. A voir. J’ai trouvé un corps à ce visage, puis un espace. J’ai photographié ce petit bonhomme de mer. Petit totem. Un camarade oiseau est né à ses côtés.
Chaque jour, je traverse une forêt qui me mène le long de ses vastes chemins sinueux. Puis j’arrive à la mer. A cet infini océan. Ce chemin est comme un passage sacré. Un tunnel menant vers une autre forme de vie, une autre réalité. Sur le sable naissent ces statues des Dieux de tous les temps. Ces figurines qui prennent l’aspect d’êtres humains ou d’animaux. Elles acceptent ma présence, se dévoilent à petit feu. Je leur donne une apparence, pour un temps donné. Intensité de cette vie éphémère. Une trace photographique.
Lorsque je regarde ces statuettes sur la plage, elles ont une grande sérénité et une élégance fragile. Leur petite taille est en contraste avec cet univers autour d’elles, si immense. Et pourtant… Ces pierres vivent. Une âme. Des sentiments. Je ne sais pas comment définir cette force qui en émane.
Je ne sais pas si ce sont mes sentiments propres ou bien si n’importe qui ressentirait cela en les regardant. J’ai l’impression qu’elles pourraient ouvrir à elles-seules l’océan, puis s’élever dans l’immensité du ciel. C’est là d’où elles viennent, je crois.
En elles, je vois du zen, des amulettes, de la sorcellerie, du chamanisme, de la bande-dessinée, du dessin d’animation, de l’Arte-Povera, du Land-art, de l’art africain, de l’art celte, de la poésie, de la peinture, de la sculpture, de la matière et du graphisme. Oui, je vois tout cela à la fois.
Elles ont été créées par l’homme, puis la nature reprend son bien. Elles sont avalées par l’eau. Englouties. Départ vers d’autres horizons, d’autres espaces. Cette pierre polie peu à peu par la mer en mouvement et par le vent. Des changements organiques. Le statisme n’existe pas. Le vivant est là. Le temps aussi. Il transforme et travaille la matière.
Je les ai laissées sur la plage, les disposant face à la mer. Les caressant d’une main respectueuse. Je ne veux pas ramener un exemplaire. J’ai l’impression qu’elles n’auraient plus d’âme en dehors de leur espace. Leur place est là.
Cette matière, embellie par le temps, révèle une force incroyable. Une pensée à tous ces hommes qui depuis des millénaires se sont adressés à la nature et au céleste en portant, disposant, assemblant, sculptant la pierre, parfois dans des dimensions incommensurables, cherchant à créer un appel. Un remerciement. Une existence. Un rapprochement. Une simple reconnaissance d’être là, peut être.
Dieu a-t-il vraiment fait l’homme à son image ? Peut être est-ce, tout simplement, l’inverse.
Je pense à une phrase, écrite par Philippe Delerm « Il y a des jours où les citrouilles ne sont que des citrouilles ». Et il y a des jours où les pierres ne sont que des pierres. Et puis, il y a les autres jours. Cette exposition photo aura cet objectif premier : apprendre à observer, à regarder, ce que nous n’avons pas l’habitude de voir. Dans notre société, les images arrivent ainsi, toutes prêtes, bonnes à consommer. Là, c’est différent. Je demanderai ainsi au regardeur de rêver. Apprendre à rêver. Exactement comme lorsqu’on est enfant. On regarde les nuages en imaginant à quel élément connu il correspond.
Par ces photographies, j’impose mon regard. Une fois. J’impose mon esprit onirique. Une fois. Puis j’attends que les autres rêvent à leur tour. Toujours. Et là, tout à coup, le cœur de pierre n’est plus.

Ce projet date de l’année 2004. Ces photographies ont été prises à l'occasion d'un voyage humanitaire et pédagogique, à Thiaroye, en banlieue Dakaroise. Nous étions trois à participer. Trois élèves de l’IUFM. Nous avons, à l’époque, créé une association, nommée De Chartres à Dakar, dissoute depuis la fin du projet. Je suis revenue avec une exposition photographique soutenue par Mme Fur, conseillère pédagogique en Arts Visuels au sein de l’Inspection Académique d’Eure et Loir.
Les photographies :
Ces 21 clichés sont un regard sur l'enfance et les conditions d'apprentissage des enfants sénégalais. On y perçoit le contraste des conditions dans lesquelles ils travaillent, avec un profond désir de sortir de cette situation.
Cette exposition a tourné dans divers lieux des départements de
Certaines de ces photographies ont été proposées récemment au projet Focus. Cette association culturelle et solidaire réalise une banque d’images destinées aux ONG. Le photographe renonce à ses droits d’auteur et leur laisse une libre utilisation de ses photographies afin de réaliser des affiches publicitaires ou divers documents de communication. Il me parait important que ces photos circulent afin de perpétuer leur message.
Le carnet de voyage :
Cette sélection de photographies est accompagnée d'un carnet de voyage...que j'ai réalisé sur place. Chaque soir, en rentrant de notre journée, je réalisais une ou deux pages. L’original étant fragile et de petit format, il a été agrandi, pour être manipulé et regardé.
"Les enfants sont notre seule chance....."
Ils croient en leur descendance et fondent tous leurs espoirs sur leur progéniture...d'où l'importance de la qualité de l'enseignement. Le tout est de savoir combien s'en sortiront vivants...au delà de leurs 20 ans. Merci au sida et merci au palu...la casi-totalité des enfants étaient "contaminés".
Ce qui est sûr, c'est qu'ils n'en perdent pas leurs sourires, ni leur joie.
Chapeau bas... car, dans un pays où l'existence sociale est une chance et dans une école qui compte chaque année un millier d'élèves, la qualité de leur enseignement fait que certains s'en sortent...des écrivains, des journalistes, des médecins, des enseignants, des hommes politiques ont suivi leur scolarité dans cette modeste école de Thiaroye...sous ces toits de tôle ondulée et entre ces murs ouverts, sans fenêtre....